Chapitre 1216 min de lecture

Électricité d'une tiny house en Suisse : ce que vous préparez, ce qui revient au professionnel

Le bilan de puissance calculé, monophasé ou triphasé, le plan des points après les meubles, les gaines validées, le vide technique — et la frontière que pose l'OIBT.

Électricité d'une tiny house en Suisse : ce que vous préparez, ce qui revient au professionnel

Dans une tiny house autoconstruite en Suisse, votre travail n'est pas de devenir électricien pendant trois week-ends. Votre travail est de préparer une structure dans laquelle l'électricien pourra réaliser une installation propre, accessible et conforme — sans redécouper vos murs.

L'installation électrique basse tension est encadrée par l'OIBT, et la norme technique de référence est la NIBT (SN 411000), dans son édition en vigueur. La règle de ce guide est donc volontairement simple :

vous préparez les emplacements, les réservations, les gaines vides et les boîtiers convenus avec l'électricien. L'entreprise autorisée réalise l'installation, les raccordements, les protections, les essais et les documents de sécurité.

Appelez l'électricien avant de fermer les murs

L'erreur coûteuse consiste à l'appeler quand l'isolation est posée, le frein-vapeur fermé, le lambris terminé et la cuisine commandée. À ce stade, la moindre modification se paie en démontage.

Contactez l'entreprise quand vous avez : le plan coté de la maison, le plan de cuisine, l'emplacement de la salle d'eau, la liste des appareils prévus, le chauffage choisi, le chauffe-eau choisi et le système de ventilation retenu.

Et posez-lui la seule question qui compte à ce moment-là : « validez-vous ce plan électrique et cette préparation de gaines avant que je ferme ? » Vous saurez alors exactement ce que vous pouvez préparer sans risquer de tout recommencer.

La puissance : le calcul que personne ne fait

Dans une tiny house, le nombre d'appareils est faible, mais plusieurs appellent beaucoup de puissance en même temps. Additionnons une installation courante :

ÉquipementPuissance
Plaque à induction, deux foyers3 700 W
Four2 000 W
Chauffe-eau de 80 litres2 000 W
Lave-linge2 200 W
Chauffage d'appoint électrique1 500 W
Ventilation double flux50 W
Éclairage et prises courantes500 W
Total installé11 950 W, soit 11,9 kW

Maintenant, comparez avec ce qu'une alimentation fournit réellement :

AlimentationPuissance disponible
Prise CEE de 16 A, monophasé3,7 kW
Monophasé 25 A5,8 kW
Monophasé 32 A7,4 kW
Triphasé 3 × 16 A11,0 kW
Triphasé 3 × 25 A17,2 kW

Le constat est brutal : aucune alimentation monophasée courante ne couvre la somme des puissances installées. Et si votre maison est branchée sur une prise CEE de 16 A — ce qui est le cas de beaucoup de tiny houses —, la plaque à induction seule dépasse déjà la limite.

Cela ne veut pas dire que c'est impossible : tout repose sur la simultanéité, et c'est précisément le travail de l'électricien de la gérer, par le dimensionnement, la répartition des circuits et parfois un délestage. Mais cela veut dire que la question monophasé ou triphasé se pose avant de choisir la plaque de cuisson, pas après.

Relevez les puissances réelles, pas des approximations

Pour chaque gros consommateur — plaque, four, chauffe-eau, chauffage, lave-linge, sèche-linge, lave-vaisselle, climatisation ou pompe à chaleur, ventilation —, relevez la puissance sur la documentation du fabricant du modèle que vous allez réellement acheter.

N'écrivez pas « plaque induction : environ 3 kW » si vous connaissez déjà la référence. Écrivez l'appareil, sa référence et sa puissance nominale. C'est cette liste, et elle seule, qui permet à l'électricien de déterminer les circuits, les sections, les protections et l'alimentation nécessaire.

Un tableau rempli vaut infiniment mieux que la phrase qu'entendent tous les électriciens : « c'est une tiny, il n'y aura pas beaucoup d'électricité ». Vous venez de voir que si.

La puissance disponible sur la parcelle

L'installation intérieure n'est qu'une moitié du problème. L'autre est de savoir comment la maison sera alimentée. Posez ces questions avant le chantier : raccordement permanent ou alimentation particulière ? Quelle puissance disponible ? Où est le compteur, et à quelle distance ? Passage enterré ou aérien ? Monophasé ou triphasé ? Quelles prescriptions de l'exploitant du réseau local ?

Attention à une confusion fréquente : l'exploitant du réseau et l'installateur-électricien ne sont pas la même personne. L'entreprise électrique réalise l'installation selon son autorisation ; l'exploitant de réseau intervient sur le raccordement et son réseau. Les deux démarches se mènent en parallèle, et celle du réseau est souvent la plus lente.

Où placer le tableau

Ne décidez pas son emplacement à la fin, parce qu'il reste un bout de mur. Il doit rester accessible, protégé, compatible avec l'aménagement, proche des cheminements, et surtout jamais enfermé derrière un meuble permanent.

Prévoyez aussi la profondeur nécessaire, et dessinez le tableau sur le plan avec ses dimensions réelles. Une tiny house optimise chaque centimètre, mais construire un placard indémontable devant le tableau n'est pas de l'optimisation : c'est un problème reporté.

Utilisez le vide technique du chapitre 11

Vous venez de réussir votre étanchéité à l'air. Ne la transformez pas maintenant en passoire.

Le principe le plus propre : couche étanche à l'air → vide technique → installation électrique → parement intérieur. Les boîtiers et la plus grande partie des gaines restent ainsi devant la couche étanche, et les vraies traversées sont regroupées en deux ou trois points, traités avec les manchettes prévues.

C'est le seul détail de tout le guide qui protège à la fois l'enveloppe, le planning et votre calme : l'électricien travaille sans jamais toucher à la membrane.

Le plan électrique se fait après les meubles

Imprimez le plan au 1:25 ou au 1:20. Placez d'abord les meubles. Seulement ensuite, l'électricité.

Pourquoi : une prise derrière un meuble de cuisine fixe ne sert à rien, un interrupteur derrière une porte ouverte non plus, et une prise à quarante centimètres de l'endroit où le canapé devait se trouver devient inutile quand le canapé change de côté.

Pour chaque zone, notez les prises, interrupteurs, éclairages, appareils fixes, ventilation, chauffage, chauffe-eau, alimentation de cuisine, équipements extérieurs et réseau informatique. Puis numérotez chaque point — P01, P02, INT01, L01, EXT01 — et reportez le même numéro sur le plan et sur le chantier, au marqueur.

Ce que vous pouvez préparer, et ce que vous ne faites pas

Après validation de l'électricien, vous pouvez préparer les éléments de construction qui ne constituent pas l'installation électrique elle-même :

  • tracer l'emplacement des points ;
  • préparer les réservations ;
  • poser les supports demandés ;
  • poser les boîtiers vides convenus ;
  • poser les gaines vides selon le plan validé ;
  • réaliser les passages dans le vide technique ;
  • photographier chaque cheminement avant fermeture.

Et ce que vous ne faites pas : vous ne tirez pas les conducteurs, ne câblez pas les prises, ne raccordez pas les appareils, ne câblez pas le tableau et ne réalisez pas les protections. Les travaux d'installation et de contrôle relèvent du régime d'autorisation de l'OIBT, surveillé au niveau fédéral par l'ESTI.

Ce n'est pas une question de compétence personnelle, c'est une question de responsabilité : c'est l'entreprise autorisée qui signe, et elle ne signe que ce qu'elle a fait.

Ne choisissez pas les gaines seul

La tentation est d'acheter deux cents mètres du même conduit. Ne le faites pas avant validation : le diamètre, le nombre de conduits et leur cheminement dépendent de ce qu'ils devront recevoir.

Faites plutôt compléter le registre THS-12C par l'entreprise, une ligne par liaison — tableau vers cuisine, vers salle d'eau, vers chauffage, vers extérieur, vers ventilation — avec le diamètre demandé et la réserve éventuelle.

Puis marquez les deux extrémités de chaque gaine au marqueur : G01 TABLEAU → CUISINE. Une gaine vide dont personne ne sait où elle arrive n'est pas une réserve, c'est un mystère.

Évitez les virages impossibles

Une gaine doit permettre le tirage ultérieur. Trois coudes serrés cachés dans un mur peuvent le rendre impossible — et c'est vous qui rouvrirez.

À la pose : évitez les changements de direction inutiles, faites des courbes larges, ne pincez pas les gaines, protégez-les pendant la pose des parements, et laissez les extrémités accessibles et bouchées.

Avant de fermer, demandez à l'entreprise de contrôler la préparation. Une gaine à reprendre coûte quelques minutes quand le mur est ouvert, et plusieurs heures quand il faut déposer les finitions.

Salle d'eau : ne décidez rien vous-même

Une salle d'eau concentre l'eau et l'électricité dans quelques mètres carrés, et la NIBT y prévoit des dispositions particulières selon les volumes.

Ne décidez donc pas qu'une prise « paraît assez loin de la douche ». Dessinez précisément la douche, le receveur, le lavabo, le chauffe-eau, la ventilation, l'éclairage et les prises envisagées, puis transmettez le plan. C'est l'électricien qui déterminera les emplacements admissibles, le matériel et les protections.

Pensez aux équipements futurs

Une gaine vide posée aujourd'hui coûte quelques francs. Ouvrir un bardage ou un plafond dans cinq ans coûte un week-end et une facture.

Demandez-vous si vous pourriez un jour installer des panneaux photovoltaïques, une batterie, un store électrique, une climatisation, une caméra, une prise extérieure de plus, une antenne — ou un autre chauffage. Il ne s'agit pas de tout câbler : il s'agit de prévoir des réservations validées, marquées et repérées.

Photographiez avant de fermer

Photographiez chaque mur avec les gaines et les boîtiers visibles, un mètre dans l'image, et le numéro du mur. Le plafond aussi.

Dans deux ans, quand vous voudrez fixer une étagère, ces photos vous diront où passent les réseaux. Et le jour d'une revente ou d'une modification, elles vaudront un dossier technique. Rangez-les avec le reste — la fiche THS-12E est faite pour les référencer.

Faites valider la préparation avant les parements

Ne posez pas le lambris parce que toutes les gaines semblent en place. Posez la question explicitement : « la préparation est-elle correcte, et puis-je fermer ? »

Faites corriger avant. C'est le même principe que le blower door du chapitre 11 : tout ce qui se répare en dix minutes maintenant se répare en une journée plus tard.

Ce qui revient au professionnel

La réalisation de l'installation électrique ne fait pas partie des travaux d'autoconstruction décrits dans ce guide. Les travaux soumis à l'OIBT se font dans le cadre des autorisations correspondantes, et l'entreprise autorisée réalise l'installation, les raccordements, les protections et les vérifications qui relèvent de son mandat.

Avant la remise d'une nouvelle installation, un contrôle final est effectué et ses résultats sont consignés dans un rapport de sécurité. Selon le type d'installation, d'autres contrôles peuvent être requis — et un contrôle périodique suivra, tous les vingt ans pour ce type de logement, comme l'annonçait le chapitre 1.

Gardez le rapport de sécurité avec les documents techniques de la maison. C'est lui qu'on vous demandera pour l'assurance, pour le raccordement définitif, et le jour où vous revendrez.

Temps et outillage

Pour la seule partie que vous préparez, comptez deux à quatre jours sur une maison correctement planifiée — plus le temps d'intervention de l'entreprise.

TravailTemps indicatif
Plan des points, après les meubles3 à 5 h
Inventaire des appareils et puissances2 à 3 h
Validation avec l'électricien1 à 3 h
Traçage sur le chantier2 à 4 h
Boîtiers et réservations4 à 8 h
Gaines vides validées6 à 12 h
Contrôle et photos2 à 4 h

Outillage : plans cotés, mètre, niveau laser, marqueur, étiquettes, outils de réservation, fixations de boîtiers, les gaines prescrites, un tire-fil si l'entreprise le demande, et un appareil photo.

Aucun appareil de mesure électrique n'est nécessaire pour la part d'autoconstruction décrite ici. Les essais reviennent au professionnel — et s'il vous en faut un, c'est que vous êtes sorti de votre périmètre.

Les sept erreurs les plus fréquentes

  • Appeler l'électricien après le frein-vapeur et les parements. Les bons cheminements exigent alors de redémonter.
  • Tirer les câbles soi-même en pensant que l'électricien signera après. Ne construisez jamais votre chantier sur cette hypothèse.
  • Oublier le plan de cuisine. La prise du four tombe derrière un meuble fixe.
  • Percer le frein-vapeur à chaque prise. Le vide technique existe exactement pour cela.
  • Acheter les gaines avant validation. Mauvais diamètres, mauvais cheminements, tout à refaire.
  • Oublier la ventilation. Une maison étanche a besoin d'un renouvellement d'air organisé — et il se raccorde.
  • Ne pas photographier. Trois mois plus tard, personne ne sait de quel côté du montant passe la gaine.

Le contrôle avant fermeture

La fiche THS-12D reprend ces lignes : entreprise choisie et autorisation vérifiée ; plan électrique validé ; tableau positionné ; alimentation de la parcelle définie ; puissances des gros appareils relevées ; cuisine, salle d'eau, chauffage et ventilation validés ; gaines numérotées, boîtiers positionnés, traversées de l'étanchéité traitées, réserves futures prévues ; contrôle avant fermeture réalisé par l'entreprise, autorisation de fermer obtenue, photos archivées.

Une seule règle, et elle ne souffre pas d'exception : ne fermez pas les murs tant que l'entreprise qui réalisera l'installation n'a pas accepté votre préparation.

Si vous voulez autoconstruire à partir d'un projet où les réservations et les passages techniques sont déjà prévus, nous fournissons les plans cotés nécessaires — voir les trois formules.

Les documents de ce chapitre

À remplir à la main ou à l'écran. Libres d'usage, sans inscription et sans contrepartie.

THS-12A

Plan électrique à dessiner

2 pages · A4

THS-12B

Appareils, puissances et alimentation

2 pages · A4

THS-12C

Registre des gaines et réserves futures

2 pages · A4

THS-12D

Validation avant fermeture, avec l'entreprise

2 pages · A4

THS-12E

Dossier photo des réseaux

2 pages · A4

Questions fréquentes

Puis-je faire toute l'électricité puis demander à un électricien de contrôler ?

Ce guide ne recommande pas cette méthode. En Suisse, les travaux d'installation électrique relèvent du régime d'autorisation de l'OIBT, et une entreprise ne peut pas simplement valider après coup un travail qu'elle n'a pas réalisé. Faites définir la répartition des tâches dès le départ, et limitez-vous à la préparation constructive qu'elle a acceptée.

Puis-je poser les gaines moi-même ?

Oui, uniquement comme gaines vides préparatoires, et après validation de leur diamètre, de leur emplacement et de leur cheminement par l'entreprise qui réalisera l'installation. Ne les choisissez pas et ne les positionnez pas indépendamment du plan électrique : une gaine mal placée est une gaine à refaire.

Qui délivre le rapport de sécurité ?

La procédure relève des intervenants autorisés prévus par l'OIBT. Avant la remise de l'installation, un contrôle final est réalisé et ses résultats sont consignés dans le rapport de sécurité. Conservez ce document avec le dossier de la maison : il vous sera demandé pour l'assurance et à la revente.

Faut-il du monophasé ou du triphasé ?

Cela dépend de vos appareils, et le calcul est éclairant : une installation courante additionne près de 12 kW, alors qu'une prise CEE de 16 A fournit 3,7 kW et un monophasé 32 A, 7,4 kW. Ce n'est pas rédhibitoire — tout repose sur la simultanéité — mais c'est l'électricien qui tranche, et il doit le faire avant que vous ne choisissiez la plaque de cuisson.

Puis-je choisir moi-même les sections de câbles et les disjoncteurs ?

Non, laissez ce dimensionnement à l'entreprise autorisée. Votre rôle est de fournir la liste des appareils, leurs puissances réelles, leurs emplacements et l'usage prévu. Le professionnel dimensionne ensuite l'installation et les protections selon le projet et la norme en vigueur.

Faut-il prévoir l'électricité avant le frein-vapeur ?

Le plan, oui, absolument. Les cheminements et les traversées doivent être connus avant de fermer l'enveloppe. L'objectif est de placer le maximum de réseaux dans le vide technique intérieur et de limiter les traversées de la couche d'étanchéité à deux ou trois points regroupés et soignés.