Chapitre 1315 min de lecture

Plomberie d'une tiny house en Suisse : pentes, évacuations et hauteur de plancher

Les centimètres de pente qui manquent toujours sous le plancher : à 1,5 %, une douche à deux mètres du collecteur ne rentre déjà plus dans un plancher à solives de 145 mm.

Plomberie d'une tiny house en Suisse : pentes, évacuations et hauteur de plancher

Dans une tiny house, la plomberie devient vite impossible si la cuisine, la douche et les WC sont dispersés. Quelques mètres gagnés sur le plan intérieur créent des évacuations trop longues, difficiles à ventiler, et qui ne passent plus dans le plancher.

Le principe est donc de dessiner les réseaux avant de fermer le plancher, puis de faire valider cette préparation par l'installateur sanitaire. En Suisse, l'alimentation en eau potable relève des directives SSIGE W3 et de leurs compléments ; l'évacuation des eaux des biens-fonds relève de la norme SN 592 000.

Et un avertissement qui vaut pour tout le chapitre : ne copiez pas les tableaux de pentes et de diamètres trouvés sur des sites français. Ce ne sont pas les mêmes normes.

Regroupez les points d'eau

Sur une maison de sept ou huit mètres, mettre la cuisine à une extrémité et la salle d'eau à l'autre paraît parfois élégant sur le plan. Techniquement, vous ajoutez des mètres de conduite, des pertes d'eau chaude, des traversées, des raccords, un risque de stagnation et des problèmes de pente.

Quand le plan le permet, regroupez l'évier, le lavabo, la douche, les WC et le chauffe-eau dans la même moitié de la maison. Il ne s'agit pas de tout empiler au même endroit : il s'agit de pouvoir justifier chaque mètre de conduite.

Deux plans, pas un seul

Ne faites pas « un plan plomberie ». Faites-en deux, et utilisez des couleurs : bleu pour l'eau froide, rouge pour l'eau chaude, gris pour les eaux usées. C'est trivial, et cela évite énormément d'erreurs pendant le chantier.

Le plan d'alimentation montre l'arrivée d'eau froide, la vanne générale, le poste de mesure selon le raccordement, le chauffe-eau, les réseaux froid et chaud, et chaque point de puisage.

Le plan d'évacuation montre l'évier, le lavabo, la douche, les WC, les siphons, les conduites de raccordement, le collecteur, la ventilation, la sortie de la maison et le point de raccordement au réseau.

L'eau potable est une denrée alimentaire

Ce n'est pas une formule : c'est le statut juridique de l'eau du robinet, et c'est ce qui justifie l'encadrement des installations intérieures par les directives SSIGE W3, depuis l'entrée dans le bâtiment jusqu'aux points de soutirage. Leurs compléments traitent de la protection contre les retours d'eau, de la maintenance et de l'hygiène.

Pour ce guide, une règle suffit : tout composant en contact avec l'eau potable doit être prévu pour cet usage et répondre aux exigences de certification applicables. La SSIGE publie des listes de produits certifiés, qui peuvent être utilisés sans vérification supplémentaire dans ce cadre.

Ne choisissez donc pas un raccord parce que « c'est du laiton et le filetage correspond ». Tous les raccords vendus en ligne ne sont pas destinés au réseau d'eau potable suisse.

Évitez les branches mortes

Une conduite qui part du réseau mais n'alimente rien garde de l'eau stagnante. C'est une faute d'hygiène, pas une prévoyance — et les directives SSIGE traitent spécifiquement de l'hygiène des installations pendant la construction et l'exploitation.

Renoncez donc à ce raisonnement : « je tire dix mètres de tuyau bouché au cas où je voudrais un évier extérieur dans cinq ans ». Si une extension est envisagée, faites définir par le sanitaire une solution qui ne crée pas de bras mort.

Une gaine vide vaut presque toujours mieux qu'une conduite d'eau déjà raccordée et inutilisée. C'est exactement le même principe qu'au chapitre 12 pour l'électricité.

Gardez les raccords accessibles

Un raccord caché derrière du carrelage, un meuble fixe, une membrane ou une cloison fermée devient un problème le jour où il fuit — et ce jour arrive toujours après la pose du parement, jamais avant.

La pratique courante pour les parties incorporées est le tube souple dans un tube de protection, qui permet une distribution sans raccord intermédiaire inaccessible. L'objectif n'est pas la perfection théorique : c'est de pouvoir intervenir sans démolir.

Placez le chauffe-eau près des points d'eau

Plus il est loin, plus vous videz d'eau froide avant que l'eau chaude n'arrive — chaque fois, tous les jours, pendant quinze ans. Dans une tiny house, ces longueurs se réduisent facilement.

Notez les trois distances sur la fiche THS-13A : douche, lavabo, évier. Si l'évier est à sept mètres du chauffe-eau alors que la douche est à cinquante centimètres, posez-vous la question avant de fermer les murs, pas après la première facture d'eau.

Prévoyez la vidange si la maison reste mobile

Une maison mobile peut être transportée en hiver, rester inhabitée, perdre son chauffage ou être stockée. Des conduites pleines exposées au gel se fendent — et elles se fendent à l'endroit le moins accessible.

Si cet usage est possible, demandez au sanitaire une véritable stratégie de vidange. Attention : un robinet de vidange qui laisse dix poches d'eau dans le réseau ne vidange rien. C'est le tracé entier qui doit être conçu pour se vider, pas seulement le point bas.

L'évacuation commence au plancher

La plomberie gravitaire est infiniment moins souple que l'électricité. Un câble monte, tourne et redescend ; une évacuation doit garder une géométrie compatible avec son écoulement, sur toute sa longueur.

C'est pourquoi la douche, les WC et l'évier devaient déjà figurer sur le plan de solivage du chapitre 4. Avant de couper une solive, dessinez la conduite — et si le conflit apparaît, c'est le plan qu'on change, pas la solive.

La pente, et ce qu'elle coûte en hauteur

La valeur de référence couramment retenue pour les conduites d'eaux usées concernées est une pente minimale de 1,5 %, soit 15 mm par mètre. Le sanitaire confirme toujours la pente applicable au tronçon selon la norme et le projet.

Longueur horizontaleDénivelé à 1,5 %
1 m15 mm
2 m30 mm
3 m45 mm
4 m60 mm
5 m75 mm
6 m90 mm

Sur une maison ordinaire, soixante millimètres ne se remarquent pas. Dans un plancher de tiny house, c'est la moitié de l'épaisseur disponible.

L'évacuation de douche tient-elle dans votre plancher ?

Voici le calcul qui décide, et que presque personne ne fait avant de couper le bois. Sous une douche, il faut loger : le siphon plat sous la bonde, la pente jusqu'au collecteur, et le diamètre extérieur de la conduite.

Avec un siphon plat de 80 mm, une pente de 1,5 % et un tube de 50 mm :

Longueur jusqu'au collecteurHauteur nécessairePlancher à solives de 145Solives de 195
1 m145 mmtout justeoui
2 m160 mmnonoui
3 m175 mmnonoui
4 m190 mmnonoui, à la limite
5 m205 mmnonnon

Lisez la deuxième ligne. Une douche située à deux mètres du collecteur ne rentre déjà plus dans un plancher à solives de 145 mm. C'est la vraie raison pour laquelle le chapitre 4 insistait pour que la plomberie soit dessinée avant le solivage.

Quand le conflit apparaît, quatre solutions existent : relever légèrement le receveur, déplacer le collecteur, rapprocher la douche de la sortie, ou augmenter la hauteur du plancher — avant construction. La mauvaise solution est de découper une solive déjà posée.

Plus de pente n'est pas mieux

L'erreur inverse est tentante : « si 1,5 % est bon, je mets 8 % et ce sera meilleur ». Non. Un réseau d'eaux usées est un système où la pente, le diamètre, le débit et la ventilation travaillent ensemble — une pente excessive peut vider la conduite de son eau et laisser les solides derrière.

Ne transformez donc pas une valeur minimale en objectif maximal. Et ne choisissez pas non plus les diamètres d'après un tutoriel : ils dépendent du type d'appareil, du débit, de la longueur, de la ventilation, du regroupement et de la configuration du réseau. Faites remplir le tableau de la fiche THS-13B par votre sanitaire.

La ventilation des évacuations

Quand l'eau descend dans une conduite, elle déplace de l'air. Si le réseau est mal ventilé, vous obtenez des glouglous, un désiphonnage, des odeurs et un écoulement médiocre — dans vingt mètres carrés, l'odeur se remarque vite.

La ventilation fait donc partie du plan d'évacuation et de son dimensionnement, au même titre que le diamètre et la pente. Ne la supprimez pas parce qu'elle impose une traversée de plus : faites dimensionner la solution.

Les siphons, et l'accès qu'on oublie

Le siphon crée une garde d'eau entre le réseau et le logement. Un siphon vide ou désiphonné ne remplit plus son rôle, et cela se sent.

Prévoyez son emplacement, et surtout son accessibilité — ce qui sous une douche devient vite compliqué. Ne choisissez donc pas le receveur pour son esthétique seule : vérifiez la hauteur disponible, le siphon compatible, l'accès d'entretien, la position de l'évacuation et la pente nécessaire après le siphon.

Les WC se placent tôt, ou pas du tout

L'évacuation des WC est la plus contraignante du réseau. Sa position commande le solivage, la sortie de plancher, le collecteur et l'implantation de la salle d'eau — donc une bonne partie du plan.

Si vous partez sur des toilettes sèches ou un autre système, la conception change complètement, et c'est un choix à faire tôt lui aussi. Mais ne partez jamais de l'hypothèse « je verrai les WC après » : ils figurent sur le plan technique dès le début, ou ils imposeront leur loi à tout le reste.

Protégez les conduites sous la maison

Sous le plancher, une conduite est exposée au gel, aux impacts, aux vibrations et — si la maison roule — aux projections de la route. Ne laissez pas un tuyau fragile suspendu sous le châssis sans protection ni support suffisant.

Et posez-vous la question du chapitre 3, celle qui manque à tous les chantiers fixes : qu'arrive-t-il à cette canalisation quand la remorque passe dans un nid-de-poule ?

L'interface avec le terrain

Une maison transportable doit pouvoir être raccordée une fois posée, sans qu'on rouvre le plancher. Définissez donc noir sur blanc : l'emplacement de l'arrivée d'eau, l'emplacement de la sortie des eaux usées, la hauteur de sortie, le type de raccord, et l'accessibilité de la vanne.

C'est ce qui permettra à l'entreprise qui réalise l'installation finale de brancher la maison en une matinée — ou de passer deux jours à chercher.

Ce qui revient au professionnel

Le raccordement à l'eau potable et les travaux soumis aux règles du distributeur reviennent à l'installateur agréé ou concessionnaire compétent. Les modalités dépendent du distributeur et de la commune : beaucoup exigent un installateur concessionnaire agréé pour toute intervention sur les installations intérieures comme extérieures.

Avant les travaux, posez trois questions au distributeur d'eau de la commune : qui peut intervenir, quelle procédure d'annonce est requise, et quelles prescriptions locales complètent les directives SSIGE.

Après validation du sanitaire, vous pouvez préparer les implantations, les réservations, les passages, les trappes, les supports, l'emplacement des appareils, les percements dans les éléments non structurels et les fourreaux convenus. Ce que vous ne faites pas : réaliser un réseau d'eau potable complet en espérant trouver ensuite quelqu'un qui accepte de le raccorder. Contactez-le avant.

Testez avant de cacher

Une conduite parfaitement accessible ne fuit jamais. Les fuites apparaissent après la pose de l'isolation, du parement, du meuble et du carrelage — c'est une loi du chantier.

Avant fermeture, l'entreprise doit pouvoir effectuer les contrôles adaptés à l'installation : laissez tous les raccords visibles pendant cette phase. Puis photographiez chaque réseau, les passages dans le plancher, les raccords, les vannes et les évacuations, avec un mètre dans l'image.

C'est le même dossier que celui du chapitre 12, et il se range au même endroit.

Temps et outillage

Pour votre part de préparation, comptez deux à quatre jours, hors intervention du sanitaire.

TravailTemps indicatif
Plan des appareils2 à 4 h
Plan d'alimentation2 à 4 h
Plan des évacuations3 à 6 h
Validation par le sanitaire1 à 3 h
Réservations4 à 8 h
Supports et passages4 à 8 h
Contrôle avant fermeture2 à 3 h

Plus les pièces d'eau sont regroupées, plus ce travail est court — c'est l'une des rares économies qui ne coûte rien.

Outillage : plans cotés, mètre, niveau laser, niveau, marqueur, scie-cloche, outils de perçage adaptés, supports et fourreaux validés, appareil photo. Le laser est particulièrement utile pour les pentes : sur quatre mètres, une erreur de quelques millimètres ne se voit pas à l'œil, et elle suffit à bloquer un écoulement.

Les huit erreurs les plus fréquentes

  • Copier les pentes d'un site français. La référence suisse est la SN 592 000.
  • Découper une solive pour faire passer les WC. Le problème vient du plan, pas de la solive.
  • Mettre cuisine et salle d'eau aux deux extrémités. Sans raison forte, c'est du réseau payé deux fois.
  • Choisir les diamètres seul. Ils se valident selon la norme et le réseau réel.
  • Oublier la ventilation. Le réseau finit par faire du bruit, puis par sentir.
  • Enfermer tous les raccords. La première fuite devient une démolition.
  • Utiliser du matériel sans vérifier sa certification. C'est de l'eau potable, pas de l'arrosage.
  • Appeler le sanitaire quand tout est fermé. Il découvrira les passages que vous auriez dû prévoir trois mois plus tôt.

Le contrôle avant fermeture

La fiche THS-13D reprend ces lignes. Côté eau potable : installateur choisi, distributeur identifié, installateur concessionnaire requis ou non, prescriptions locales obtenues ; arrivée positionnée, vanne générale accessible, matériel certifié, chauffe-eau positionné, branches inutilisées supprimées, vidange prévue si nécessaire.

Côté évacuation : diamètres validés, pentes validées, ventilation prévue, siphons accessibles, sortie des eaux usées positionnée, raccordement extérieur défini. Puis : réseaux testés avant fermeture, photos prises, accord du sanitaire obtenu.

Ne fermez pas le plancher ni les cloisons si vous ne savez pas encore précisément comment l'installation finale sera raccordée.

Et si votre chantier est commencé et que les évacuations ou les passages ont été mal positionnés, nous intervenons aussi en reprise, avant fermeture — écrivez-nous.

Les documents de ce chapitre

À remplir à la main ou à l'écran. Libres d'usage, sans inscription et sans contrepartie.

THS-13A

Plan de plomberie à dessiner

2 pages · A4

THS-13B

Évacuations, pentes et hauteur de plancher

2 pages · A4

THS-13C

Eau potable : matériel, distances et vidange

2 pages · A4

THS-13D

Contrôle avant fermeture du plancher

2 pages · A4

THS-13E

Interface avec le terrain et raccordements

2 pages · A4

Questions fréquentes

Quelle pente prévoir pour une évacuation d'eaux usées en Suisse ?

La valeur de référence couramment retenue est une pente minimale de 1,5 %, soit 15 mm par mètre. Le type exact de conduite et la configuration du réseau doivent être vérifiés dans le dimensionnement selon la norme SN 592 000 — et c'est le sanitaire qui confirme la pente applicable à chaque tronçon.

Une évacuation de douche tient-elle dans un plancher de 145 mm ?

Rarement. Avec un siphon plat de 80 mm, une pente de 1,5 % et un tube de 50 mm, il faut déjà 160 mm pour une douche située à deux mètres du collecteur, et 175 mm à trois mètres. D'où l'importance de dessiner la plomberie avant le solivage : c'est souvent la douche qui décide de la hauteur du plancher.

Quel diamètre pour une douche ou un lavabo ?

Ne reprenez pas les tableaux français. Le diamètre dépend de l'appareil, du débit, de la longueur, de la pente, de la ventilation et de la configuration du réseau. Faites-le renseigner par le sanitaire selon la norme suisse — c'est précisément ce que la fiche THS-13B lui demande.

Puis-je réaliser moi-même toute l'alimentation en eau potable ?

Dans la méthode de ce guide, non. Préparez les passages et les réservations avec l'installateur, mais confiez l'installation et le raccordement soumis aux prescriptions du distributeur au professionnel agréé. Beaucoup de communes exigent un installateur concessionnaire pour toute intervention, intérieure comme extérieure.

Tous les tuyaux vendus pour l'eau conviennent-ils ?

Non, et c'est un point où l'improvisation coûte cher. Utilisez des systèmes destinés à l'eau potable et dont la conformité aux exigences suisses est établie ; la SSIGE tient des listes de produits certifiés. Un raccord acheté en ligne parce que le filetage correspond n'est pas une garantie.

Peut-on utiliser un réservoir plutôt qu'un raccordement au réseau ?

Des installations autonomes existent, mais elles ne suppriment pas les exigences sanitaires, d'évacuation et d'autorisation liées à l'usage prévu. Pour une habitation autorisée, faites valider la solution par la commune et les services compétents avant de la considérer comme une alternative au raccordement.